Les technologies de l’information et de la communication sont aujourd’hui… View Article

Les technologies de l’information et de la communication sont aujourd’hui utilisées dans de nombreux secteurs tels que l’agriculture, la médecine, la santé, les transports, l’énergie, la logistique et l’éducation. L’accès à Internet est considéré comme un droit humain par l’ONU.

La demande de spécialistes dans le domaine des technologies de la communication augmente rapidement et il est prévu que 9 emplois sur 10 nécessitent des compétences numériques.

Dans l’espace européen, 169 millions d’habitants, âgés de 16 à 74 ans, soit 44% de la population, ne maîtrisent pas le numérique. Selon le Digital Society and Economy Index, il existe des différences significatives entre les États membres de l’Union européenne en matière de compétences numériques et 16 des États membres ont adopté des stratégies de développement des compétences numériques.

Cette série d’articles a pour but de contribuer à expliquer les termes utilisés par les politiques publiques et projets destinés à combattre la fracture numérique, comme axe transversal dans les politiques de la santé, de la culture, de l’éducation et du travail Nous essayerons donc d’expliquer les notions de Littératie numérique, fossé numérique, eInclusion, pauvreté numérique, alphabétisation numérique, eHealth eGouvernement, ePrivacy.

La Fracture Numérique, Digitale breuk ou Digital Divide

La Fracture numérique, est un terme que l’on utilise pour définir le manque de littératie numérique [1] d’une population selon leurs différents niveaux d’accès aux technologies de l’information et communication à l’ère de la société de l’information. Elle comprise comme la fracture sociale qui sépare les individus qui ont accès à Internet et l’informatique et les individus qui n’y ont pas accès.

La Fracture numérique  est donc l’un des plus grands problèmes accompagnant le développement et diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la dénommée société de l’information ou ère digitale et elle est présente tant en Belgique qu’au Burkina Faso, en Amérique latine ou aux États-Unis, en faisant partie de ce que l’on appelle la pauvreté numérique ( Blair, 2010) , laquelle consiste en un manque d’accès, un manque de ressources économiques ou un manque de connaissances pour pouvoir utiliser les technologies de l’information et de la communication provoquant une pauvreté numérique[2] Ce phénomène divise la population mondiale entre « info – riches » et « info- pauvres »[3] ou pauvreté numérique  en mettant en évidence non seulement une différence entre pays développés et ceux qui ne le sont pas, mais souligne des différences entre les grandes villes et les villages ruraux, voire entre catégories sociales et genres dans des pays que l’on considère pourtant très avancés du point de vue technologique.

Selon la ITU (Union internationale des télécommunications) 53 % des habitants de la planète sont exclus des réseaux d’information mondiaux, La plus grande différence est entre l’Europe et l’Afrique. Alors que 75% des Africains n’utilisent pas Internet, seulement 21% des Européens sont hors ligne. Dans d’autres régions du monde, comme l’Asie et le Moyen-Orient et L’Amérique Latine ce pourcentage est d’environ 58%.

On peut même parler de Fracture Numérique de Genre[4] car l’indice d’accès à Internet étant plus élevé (environ 10%) pour les hommes que pour les femmes, dans toutes les régions du monde.

En Europe, aux Etats Unis et dans certains pays d’Amérique Latine, l’infrastructure pour les technologies de l’information et de la Communication existe déjà, mais l’accès et les compétences pour que les citoyen.ennes puissent se débrouiller dans le «gouvernement électronique » ou la eHealth  ( eSanté) a encore un long chemin à faire.

La Fracture Numérique est donc un problème structurel de la société de l’information tant au sein des pays développés qu’au sein des pays en voie de développement, ce qui comme conséquence que la eInclusion fasse partie des Objectifs du Millénaire (OMD8 – CIBLE 18) à travers des programmes d’alphabétisation numérique, des projets de développement ou via des programmes d’inclusion et intégration sociale dans les pays développés, comme dans le cas de la Belgique.

En Europe la population la plus affectée par la fracture et pauvreté numérique c’est la population adulte entre 25 et 70 ans. Cette population est considérée comme difficile à alphabétiser numériquement car on pense qu’elle n’intègre pas facilement les outils informatiques et les logiciels à cause d’une résistance cognitive due à l’âge ou à la différence culturelle pour arriver à gérer les outils informatiques et les Technologies d’Information et communication convenablement.

Ceci a pour conséquence dans certains cas, que beaucoup de projets institutionnels liés aux Technologies de l’Information et de la Communication  soient déclarés comme étant un  « échec », ainsi comme  le licenciement de professionnels adultes dans les entreprises privées, ou tout simplement la marginalisation totale d’une population du monde entier, de toutes les cultures, de toutes les classes sociales et de genre qui doivent vivre dans une société de plus en plus informatisée, car ne pas savoir faire une demande de documents d’identité par internet, ne pas avoir une e-mail de contact, ou ne pas savoir se servir d’un logiciel de rédaction, est une caractéristique de populations que l’on pense voir exister seulement dans les pays les plus pauvres de la planète.

La plupart du temps il n’est pas possible d’évaluer et/ou formellement mesurer de façon classique les raisons qui sont à la base de ces problèmes, car l’on tend à idéaliser le rôle joué par les TIC depuis la planification stratégique des projets.

Le cadre institutionnel dans lequel s’insère la mise en place des politiques publiques de lutte contre la fracture numérique en Belgique correspond à des politiques mondiales de lutte contre la fracture numérique une problématique qui concerne l’ensemble de la population mondiale.

Pour la Commission de la Cohésion Sociale du Conseil de l’Europe l’une des raisons de la fracture numérique est due à des variables psychologiques telles que la résistance à la nouveauté comme la population de seniors.  Certains utilisateurs projettent sur les TIC leurs difficultés personnelles, sociales, cognitives.

D’autre part il existe aussi un type de fracture numérique due à l’incapacité d’utiliser utilement et efficacement les TIC et/ou internet du fait d’une méconnaissance des savoir-faire nécessaires et des ressources disponibles.[5]

Périne Brotcorne a divisé la fracture numérique en

–  Fracture numérique matérielle ou de premier degré : c’est-à- dire qu’il existe un déficit en termes de moyens, d’équipements et d’accès ;

–  Fracture numérique intellectuelle ou de deuxième degré : c’est-à- dire qu’il existe des disparités de type sociocognitif, tels que le manque de maîtrise des compétences et des connaissances fondamentales pour l’usage des TIC (Valenduc, Brotcorne, 2008).

Belgique : La fracture numérique, une nouvelle cause d’exclusion sociale pour les personnes âgées

Dans le cas de la Belgique la Commission des aînées de l’ACRF-Femmes en milieu rural informe que près de 20 % des ménages belges n’ont pas de connexion internet à domicile. Et 13 % n’ont jamais utilisé d’ordinateur. Un∙e belge sur deux ne sait pas payer ses factures ni remplir des formulaires en ligne. Un belge sur cinq ne sait pas utiliser un courriel ni faire des recherches sur Internet[6]

Le projet européen SEACW (écosystème social pour le vieillissement actif et le bien-être)[7] confirme le risque d’exclusion sociale de la population européenne qui n’utilise pas les nouvelles technologies. Mais surtout chez les Seniors de plus de 65 ans.

L’inclusion numérique des groupes de personnes âgées constitue un défi dans les sociétés contemporaines. À l’échelle mondiale, les personnes âgées de 60 ans et plus constituent le groupe d’âge dont la croissance est la plus rapide et, dans presque tout le monde, leur proportion par rapport à la population totale augmente. En 2015, il y avait 901 millions de personnes âgées de 60 ans et plus dans le monde. Ce nombre devrait passer à 1 400 millions en 2030 et à 2 100 millions en 2050.

Bien que de nombreuses personnes âgées vivent dans des foyers disposant d’un accès à Internet, un pourcentage important n’en utilisent pas. Cela indique que l’accès n’est pas le seul facteur déterminant de l’utilisation des TIC, mais aussi le désir et la capacité d’en tirer parti.

La prise en compte du groupe des personnes âgées au sein des “exclus numériques” ou des “utilisateurs tardifs” et la reconnaissance de l’importance des technologies dans différents domaines constituent un cadre permettant de faciliter la mise en place de politiques d’inclusion sociale et les TIC pour les personnes âgées deviennent une opportunité de rester intégrées à la société. En ce sens, la eInclusion ou l’inclusion numérique, peut être inscrite en tant que dimension transversale d’intégration sociale, conformément aux principes en faveur des personnes âgées déjà énoncés en 1991 par les Nations Unies : indépendance, participation, protection, épanouissement personnel et dignité. (Organisation des Nations Unies, 1991).

Andrea Naranjo Gamarra de Rivero

Bibliographie

  • VALENDUC, Gérard, 2010. « La fracture numérique en Belgique, Une analyse des données statistiques existantes », Association Pour Une Fondation Travail-Université, Namur
  • AGENCE WALLONNE DE TÉLÉCOMMUNICATIONS –Fracture numérique en Wallonie rapport Aout 2009,

http://www.awt.be/web/dem/index.aspx?page=dem,fr,men,040,040

  • BROTCORNE, Périne, VALENDUC, Gérard, 2010, Diversité et vulnérabilité dans les usages des TIC. La fracture numérique au second degré.  Rapport pour la Politique scientifique fédérale, Academia Press  Bruxelles / Gent
  • BROTCORNE, Périne, 2010, Seniors et inégalités numériques L’exclusion des seniors par rapport aux TIC se réduit-elle en Belgique ? Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU)
  • BROTCORNE, Périne, 2008,  L’éducation permanente dans les domaines des TIC.  A quelles conditions peut-elle réduire les inégalités? Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU)
  • BROTCORNE, Périne, VALENDUC, Gérard, 2008, Les espaces publics numériques en Belgique.  Un outil d’intégration sociale, Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU)
  • BROTCORNE, Périne, VALENDUC, Gérard, 2007, Les inégalités numériques en Wallonie – De nouveaux indicateurs statistiques, Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU)
  • BROTCORNE, Périne, VALENDUC, Gérard, 2006, La dimension européenne de la lutte contre la fracture numérique Une analyse de la “déclaration de Riga”, Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU)
  • VALENDUC, Gérard, 2007, Informatique et pauvreté. Les seuils à franchir pour intégrer dans la société de l’information les personnes en situation de pauvreté, Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU)

[1] « La capacité à comprendre et utiliser l’information dans des formats multiples à partir d’un large éventail de sources, via  les ordinateurs.”     

[2] https://borgenproject.org/digital-poverty/

[3] http://revues.mshparisnord.org/netsuds/index.php?id=401

[4] http://www.helenebourdeloie.org/IMG/pdf/Bourdeloie_Julliard_LE_GENRE_-DIMENSION_IGNOREE_DE_LA_FRACTURE_NUMERIQUE_—PUQ2012-2.pdf

[5] Tout autre problème c’est le problème linguistique ou culturel : Les personnes immigrées notamment font partie d’un des sous-groupes présentant les faibles niveaux d’appropriation ou de compétences en TIC(…) Donc, un enjeu majeur de l’appropriation des TIC est ici souligné: permettre de construire des ponts entre les cultures. »

[6] Godelieve Ugeux Article publié dans Plein Soleil n°835 (octobre 2018), la revue de l’ACRF – Femmes en milieu rural

[7] https://cordis.europa.eu/project/rcn/191786/factsheet/en